Politique
Jean Lassalle (UDF)

La voix de la vallée d’Aspe

 

Maire à 22 ans, élu le plus jeune conseiller général de France à 27 ans, le député UDF des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle incarne des combats politiques à la dimension sociétale et européenne : réintroduction des ours dans les Pyrénées, tunnel du Somport, Natura 2000, maintien des services publics en vallée d’Aspe...
 
 

 Andy Warhol disait : “Chacun d’entre nous aura son quart d’heure de gloire.” Pour Jean Lassalle, cela aura duré 1 min 20 s. C’était le 4 juin 2003, à 15 h 15, dans les travées de l’Assemblée nationale durant la séance des questions au gouvernement. Pour être entendu du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, notre homme se lève et chante, à pleine voix, “Aqueres mountagnes”. Jean-Louis Debré n’y pourra rien. Aujourd’hui, ce fidèle de François Bayrou ne regrette pas ce coup d’éclat. “J’en suis fier. J’ai fait entendre la langue d’oc dans le temple de la langue d’oïl. Quinze ou seize télévisions m’ont interviewé, j’ai accordé des entretiens à tous les grands quotidiens du monde. Dans la rue, à Paris, des gens sont venus à ma rencontre pour me féliciter. Cela, on ne me l’enlèvera jamais.” On est très loin du fils, petit-fils, arrière-petit-fils de berger qui a grandi à Lourdios-Ichère avant de rejoindre le lycée agricole de Montardon (64), près de Pau (64). Et pourtant, pas si loin. Celui qui a créé le foyer rural de son village pour lutter contre l’exode rural poursuit un unique combat : maintenir en vie, malgré tout, ce haut Béarn qui perd de la substance.  
 En grève...
Action inédite au sein de l'Assemblée nationale : mardi 7 mars, Jean Lassalle a entamé une grève de la faim pour dénoncer une délocalisation de la seule usine installée à Accous (64). La direction de Toyal Europe évoque, pour sa part, une extension de l'activité vers le site de Lacq (64). ne quitte sa banquette de la salle des Quatre-Colonnes que pour se changer ou dormir dans son bureau.

“Etre capable de répondre aux attentes de mes électeurs”

La mairie, “ce sont les anciens qui nous ont passé le flambeau”, avec ce vertige qu’il ressentira après chaque élection : “Vas-tu être capable de répondre aux attentes de ceux qui ont voté pour toi ?” Le canton d’Accous (64), ce sera une vraie bataille électorale. La rencontre avec la politique s’appelle François Bayrou et l’Union qu’il préside. “C’est un homme de fidélité et je me sens profondément proche de lui.” En 2002, le siège de député couronne un élu local qui a été sur tous les fronts de la vallée d’Aspe. En première ligne. Avec le tunnel du Somport, la vallée va quitter le registre de l’actualité locale pour rejoindre la rubrique “environnement” des journaux nationaux. Avant de s’afficher au plan européen. Tribunaux, campagne médias, manifestations, agit-prop, les opposants au tunnel vont utiliser toute la panoplie moderne de militants déterminés. L’action des écologistes est conduite par Eric Petetin. Et Jean Lassalle connaît bien celui qu’on va surnommer “l’Indien de la vallée d’Aspe”. Quelques années auparavant, le jeune objecteur de conscience a passé presque trois années dans la ferme familiale. L’affrontement sera d’autant plus rude que les adversaires se connaissent bien. Eric, du bon côté; celui des écologistes, protecteurs de l’environnement à tous crins. Jean incarne le méchant; celui qui veut imposer le tunnel à la vallée. La bataille du Somport (64) a ses deux hérauts. Ce sera un combat d’escarmouches durant quinze ans. Lorsque l’ouvrage sera livré à la circulation, Jean Lassalle va crier à la trahison; la RN134 qui devait être reprofilée ne l’a pas été. Les déviations essentielles n’ont pas été réalisées. Pire, le 1er mars 2006, le transport des matières dangereuses est autorisé ! “Les bombes roulantes”, dénonce Jean Lassalle.

En première ligne

C’est dans ce climat qu’il faut aborder le maintien des populations d’ours dans ce coin des Pyrénées. La France et même l’Europe vont prendre part au débat. L’ours est devenu le symbole ultime de la protection de la nature. Il faut sauver l’ours et en même temps préserver l’activité pastorale. L’Institut patrimonial du haut Béarn, créé par notre parlementaire, sera l’instrument de ce dialogue difficile. Démission de l’Institut, réélection malgré lui. Le conseiller général d’Accous n’en finit pas de vouloir que cohabitent ensemble et les hommes des estives et les ours. Pour rendre le dossier encore plus lourd, plus difficile, il y aura la mort de Cannelle, tuée par un chasseur de la vallée. Très sévère coup porté à l’impossible dialogue.

“Une France du vivre ensemble”

Et le rugby dans tout ça ? Il regrette de n'avoir pu jouer que deux ans. Malgré tout, avec son mètre quatre-vingt-dix, il sera champion de France dans l'équipe du lycée de Montardon. Son poste ? Troisième ligne aile. Comme son fils, âgé de 18 ans. Licencié au FC Oloron, inscrit au Centre national du rugby à Marcoussis (91), Thibault se prépare à jouer la Coupe du monde des moins de 21 ans. Cherchez le paradoxe chez les Lassalle. Pascale, son épouse, Parisienne pur jus, transplantée à Lourdios-Ichère, charmante commune de 150 habitants, passe une partie de son temps à attendre et son époux et son fils aîné retenus à… Paris. Lorsqu’il rentre au village natal, le parlementaire avoue volontiers qu’il a besoin de marcher, d’aller au contact des bêtes. Ce n’est pas difficile, son frère possède un troupeau de 400 brebis. Les vacances ? “Je ne suis pas très heureux sur la plage; j’ai l’impression d’y être comme une clé à molette sur le sable.” Son rêve ultime ? “ Comme le Petit Prince, redessiner une France du ″vivre ensemble″. Il est incroyable de voir que dire bonjour à son voisin est devenu une souffrance.” Il est comme ça, Jean Lassalle. Les deux pieds dans la vallée, la tête dans les sommets. Près des étoiles.

Bernard Bonnin

A la loupe

Jean Lassalle

Né le 3 mai 1955 à Lourdios-Ichère (Pyrénées-Atlantiques).
Marié, 4 enfants.

Parcours professionnel

1974 Agriculteur à Lourdios-Ichère.
1976 Technicien agricole à Pau.
1982 Crée un cabinet d’ingénieurs-conseils à Pau.

Parcours politique

1977 Maire de Lourdios-Ichère (150 habitants).
1982 Conseiller général du canton d’Accous.
1988 Vice-président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques. Adhère à l’UDF.

Président du Parc national des Pyrénées.
Président de l’Institut patrimonial du haut Béarn.
Député de la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques.
Président de l’Association des populations des montagnes du monde (APMM).

 



Objectif Aquitaine